je me tiens, là, depuis 20 minutes
immobile sous la pluie
les gouttes froides tombent sur mon visage, coulent dans mon dos, cachent mes larmes
je vais bien mal ce soir
j'ai avoué, a mon ami, mon seul ami, tout mon mal etre
la deprime permanente qui a prit place dans ma tete depuis quelques jours
pourtant je devrais " ne pas me plaindre", puisque j'ai "tout ce dont j'ai besoin"
je ne frissonne pas
le visage levé vers les nuages d'ou vient cette eau, j'attends
j'ignore délibérement la douleur lancinante qui perce mon rein droit
signe avant coureur et inévitable, je vais en chier cette semaine
l'infection est revenue, s'etend, s'approprie mes organes peu a peu
j'ai gobé trois advil avant de le rejoindre dans ce café, sachant pertinamment qu'ils ne feront aucun effet
un élancement, plus vif que les autres, me fait grimacer
mauvais signe
esperons juste que j'arriveras tout de meme a dormir
quand la douleur est là, la fievre l'accompagne
pourtant, je ferais comme si de rien n'etait
comme souvent
puisqu'ils considerent que ma maladie ne m'autorise pas a rester chez moi
certes, certes
il y a bien plus grave, j'en conviens
alors je lutte
je ne dis meme plus a mon medecin que ses cachets ne me servent a rien
je depasse depuis trop longtemps toutes les doses autorisées
je l'aime, ma douleur
elle me dit que je suis toujours là
elle me fait prendre conscience de chaque seconde qui passe
puis, quand j'ai mal, je chante mieux
je me sers d'elle, puisqu'elle se nourrit de moi
je l'utilise pour cracher, gueuler, hurler dans mon micro
la Douleur, c'est moi
sortie de ce café, je m'autorise à pleurer un peu
parce que, l'air de rien, je suis pas aidée
heureusement, il m'écoute
il me conseille
il m'engueule
de meme que je ne supporte pas de le voir mal, il me pousse à me ressaisir, comme je le fait pour lui, tout en essayant de me faire comprendre, que, oui, moi aussi, j'ai le droit de lacher prise de temps en temps
il me dit que je dois prendre du temps pour moi
tout au moins dans ma tete
apprendre a accepter, ce que j'ai, ce que je veux, et ce que je vaux
c'est pas si facile
par moment, j'ai l'impression de ne rien valoir
d'avoir de quoi etre "bien" et m'en vouloir de ne psa en etre satisfaite
et de ne jamais finir ce que je commence, parce que je m'aperçois a mi parcourt que ce n'est pas ce que je veux...
je ne sais pas quoi faire
j'ai l'impression de n'en pas finir de "faire ma crise d'ado".
a bientot 23 ans
c'est pathétique
je recule encore les examens
ne veux ni de la radio, ni des analyses
trop peur du résultat
et de la sentence
oui-da, je pourrais me faire opérer
pour quoi faire?
me rendre compte que l'autre rein est tout aussi malade? je le sais déjà
accepter le traitement, l'hospitalisation?
c'est trop lourd
je prefere attendre
puis vu qu'ils ne prennent pas mes arrets maladie au sérieux...
marre de me battre contre des moulins a vent
marre de devoir me justifier, tout le temps, pour tout
pourquoi je vais pas bien
pourquoi je suis malade
pourquoi je m'habille comme çà
pourquoi je sors
pourquoi je fais ce travail qui ne me plait pas
pourquoi je suis jalouse
pourquoi je vois untel ou unetelle
pourquoi je me refais tatouer
pourquoi je me maquille comme çà
pourquoi je vois plus machin
pourquoi je prends tel medicament
pourquoi je me mets moi meme autant de responsabilités sur le dos
pourquoi je mange pas
pourquoi je maigris ( bah parce que je mange pas, tiens)
pourquoi je fais la tete
pourquoi je suis jamais contente
pourquoi je ne me satisfait pas de ce que j'ai
pourquoi je ne fais plus rien
pourquoi je ne prends pas les choses en main
pourquoi je ne lache pas du lest...
pourquoi, pourquoi, pourquoi
bah j'en sais rien
c'est bien le pire
si je le savais...
je suis toujours l'Inconsolé...
et j'attends
j'attends
j'attends...